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Planche maçonnique : la Pierre Brute

« LA PIERRE BRUTE » est une magnifique planche maçonnique offerte par F.B. sur un sujet inépuisable et inspiré !

INTRODUCTION

La pierre, depuis les temps anciens, de par sa solidité et sa résistance, a souvent été présentée comme le principal matériau pour la construction et le décor des constructions importantes. Aussi, au delà de la structure et la texture de la pierre, elle est pour nous maçons un symbole fort important pour nos travaux au double sens ésotérique et exotérique du terme. Ainsi, après avoir évoqué quelques repères historiques, je vais axer mon propos sur les questions visant à expliciter la symbolique de la pierre brute: pourquoi et comment tailler la pierre brute en notre qualité de maçon.

DANS l’ ANTIQUITE.

Au cours de cette période de l’ histoire la pierre était considérée comme le premier matériau utilisé par l’ homme pour en faire ses outils pour frapper, pour couper, pour moudre, etc. Ces outils ont été améliorés avec le temps par l’ emploi d’ un manche en bois. « l’ homo saber » capable de chasser et de transformer son entourage grâce à des outils de plus en plus perfectionnés au lieu de rester passif face à tout ce que lui offrait la nature.

La pierre était à ce moment là bien plus qu’ une arme ou un outil. Elle était devenue bien vite un objet de vénération de l’ homme primitif. Des pierres seront trouvés en plusieurs fouilles archéologiques notamment des cavernes habitées par les hommes de l’ âge dite de la « pierre taillée ». De nombreux dieux étaient représentés comme par exemple MITHRAS dont le culte était opposé au christianisme en ces premiers temps.

DE LA TRADITION CHRETIENNE.

Dans les Écritures Saintes, l ‘ épisode où Jésus intronise pierre comme étant le roc sur lequel il entend bâtir le temple des chrétiens un temple qu’ il veut inébranlable, est une allégorie qui évoque en filigrane l’ avènement de la Jérusalem céleste. Dans

l’ esprit de cette allégorie il est judicieux de ne pas considérer la Jérusalem céleste comme un espace géographique. Le maître de l’ histoire, Dieu fait homme, invite ses disciples à œuvrer pour un monde meilleur, une nouvelle humanité dont -t-il définit la charte dans l’ Évangile de Matthieu, au chap 5, 1-12…

Pour y parvenir, le fils de Dieu trace le chemin à suivre: la kénose. Le fils de l’ homme, indique St Paul dans sa lettre aux corinthiens, n’ a pas considéré comme une proie à saisir d’ être l’ égal de Dieu. Mais il s’ est appauvri pour nous enrichir de sa pauvreté. C’ est dire, en effet, que le chemin qui conduira vers cette nouvelle humanité passe par la nouvelle naissance. Une nouvelle naissance qu’ il convient de considérer comme une conversion, une reconversion sans cesse renouvelée. Car notre nature humaine est marquée par le péché. Il y a en chacun de nous le pire et le meilleur. Il s’ agit donc de vivre dans l’ humble reconnaissance de nos travers tout en nous appliquant sans relâche, avec la grâce de Dieu, à la pratique des vertus.

DE LA SYMBOLIQUE MACONNIQUE. 

Nous retrouvons la symbolique de la pierre dès le premier grade où l’ Apprenti doit polir la pierre brute avec le maillet et des pierres de diverses formes apparaissent dans les grades suivants. Souvenons nous de l’ inscription VITRIOL que nous voyons dans le cabinet de réflexion et qui signifie en latin: « visite l’ intérieur de la terre et tu trouveras la pierre cachée ». Une invitation faite à l’ impétrant de se constituer une pierre angulaire du temple ésotérique qu’ il est appelé à construire.

Qu’ il soit dit en passant que la pierre brute, figurant sur le tapis de loge, est située côté septentrion, près de l’ Orient lors des nos travaux ouverts au premier grade.

POURQUOI TAILLER LA PIERRE BRUTE. 

C’ est un devoir, un engagement pris dès notre entrée en maçonnerie. Nous avons tous, serment pris, la volonté de participer à l’ amélioration de la condition humaine, à une évolution positive de la société dans laquelle nous vivons. Mais avant de s’ investir dans cette noble tâche, il est plus qu’ indispensable de commencer par travailler sur soi même. « Connais toi toi même et les rois et les dieux te seront soumis », nous indique Socrate, penseur de l’ époque antique. Cela va sans dire que c’ est en construisant d’ abord son propre temple intérieur, son être, sa personnalité que l’ on aura toute la latitude de construire le temple de l’ humanité. Et cela passe bien entendu par la taille de la pierre brute, en la débarrassant des aspérités que chaque maçon peut repérer dans son for intérieur.

C’ est dire à quel point on est bien souvent otage de nos aprioris, nos idées préconçues.

Donc, tailler sa pierre brute équivaut à se remettre en question. Au sens où il s’ agit de prendre possession de soi même en profondeur, d’ améliorer, d’ embellir son être, sa personnalité, de mobiliser son énergie intérieure en vue de la pratique sociale des vertus.

COMMENT TAILLER SA PIERRE BRUTE.

Toute la mesure du travail à abattre est prise depuis le cabinet de réflexion où l’ on est mis seul face à sa conscience. Des symboles parlent à notre sensibilité: un crâne humain, des phrases chargées de sens y sont inscrites et nous interpellent. Le maçon qui se livre à ce travail passera nul doute par différentes étapes. Le travail sera parfois acharné et permettant une avancée encourageante. Parfois au contraire, il aura l’ impression de faire du « sur place ». Il peut être en effet douloureux d’ être face à sa vérité, face aux carreaux noirs de son pavé mosaïque alors que jusqu’ici’ on ne voyait que les carreaux blancs. Il faut donc prévoir des hauts et des bas. D’ où il convient de se saisir des outils mis à notre disposition que sont le maillet et le ciseau.

Le maillet symbolise la volonté du tailleur. C’ est lui qui génère la force nécessaire à la taille. Il est tenu de la main droite et apporte la puissance, la force, l’ énergie nécessaire au travail.

Il demande beaucoup d’ adresse pour cela. Il facilite l’ application mais requiert des efforts persévérants. C’ est grâce à sa persévérance que « l’ éternel Apprenti » que nous sommes tous peut espérer « élever des temples à la vertu et creuser des tombes pour des vices ».

Éric Saunier, évoquant les devoirs d’ un Franc-Maçon dans son recueil de textes choisis, paru aux éditions Garnier en mai 2011, mentionne: « vous devez vous saluer l’ un l’ autre de façon courtoise, ainsi que vous en serez instruit, vous appelant réciproquement , vous donnant librement une instruction mutuelle…tout en cultivant l’ amour fraternel, le fondement et le chaperon, le ciment et la gloire de cette ancienne Fraternité, évitant toute dispute et querelle, toute calomnie et médisance, ne permettant pas aux autres de calomnier aucun frère mais défendant sa réputation, et lui rendant toutes sortes de bons offices, autant qu’ ils sont compatibles avec votre honneur et votre salut, et non au delà. »

CONCLUSION.

En définitive, tailler la pierre brute est un travail très particulier et personnalisé. Le but n’ est pas d’ en éradiquer totalement toutes les aspérités d’ un seul coup mais de la modifier sans relâche. A chacun ses aspérités mais on aura jamais fini de les tailler jusqu’à’ à notre passage à l’ Orient éternel.

F.B. – 7 ans et plus – St Germain-en-Laye 

Bibliographie :

  • Rituel RER
  • Écritures Saintes
  • Premiers manuscrits maçonniques (DUMPRIES N° 4-1710)

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