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PASSAGE DE GRADES MAÇONNIQUES : LES IMPRESSIONS RESSENTIES

Le site d’information italien  Expartibus.it a publié un article sur certains ressentis lors des augmentations de salaire :

Chaque augmentation de lumière ou de salaire, chaque accès à une chambre supérieure produit une nouvelle empreinte. Un émerveillement sacré qui laisse surpris, étonné et stimule presque toujours de nouveaux domaines de réflexion et enflamme une nouvelle prise de conscience.

Dans ce cas, la modulation des émotions – sensations du psychodrame sacré, du moins à mon avis, conduit à une réinterprétation profonde de tout le parcours initiatique, ergo, de toute son existence. Tout se passe comme si le 4e degré imposait ou suggérait des points fixes, une récapitulation du monde . Tant au niveau microcosmique que macrocosmique.

Je ne m’attarderai pas avec une précision analytique, sur les articulés, et sur les dires de nombreux spécialistes qui ne sont pas toujours « purs », symbolismes de tradition juive présents dans le degré, et qui nous projettent avec force dans un contexte kabbalistique, l’ un des plafonds ésotériques de la franc-maçonnerie, sans sa connaissance, le temple risque de devenir muet ou partiellement compréhensible.

Mon attention est catalysée ici, par quelques éléments puissants : Douleur, Silence, Secret et Splendeur .

DOULEUR

C’est comme revivre, en les prolongeant jusqu’à l’exaspération, les instants qui ont suivi la mort du maître Hiram. Ils semblent se poursuivre et assister comme dans les « coulisses » du fond humain et sapientiel de l’ autopsie du maître.

La loge est jonchée de larmes. Le Trois fois Puissant Maître incarne Salomon, le surveillant s’appelle Adonhiram, il est le premier des Maîtres secrets appelé à remplacer Hiram Abif. La douleur est vraiment vive et “prolongée”. On se sent perdu, devant une urne du Sancta Sanctorum où est renfermé le corps du Maître mort, ou le secret du savoir perdu. Les Maîtres qui la gardent savent ce que contient l’urne, mais ne peuvent pas y accéder, car la clé pour l’ouvrir est cassée.

L’analogie, bien qu’à un autre niveau, avec le degré d’apprenti est évidente.
Là, le voyage fut un saut angoissant et claustrophobe dans le noir du cabinet de réflexion. Un moment d’égarement et de mort symbolique qui a précédé le chant du coq et le réveil.

Au moins dans ce cas il y avait l’espoir, ou l’illusion projective, d’un lendemain meilleur, d’une résurrection. Ici, au contraire, la réalité initiatique nous conduit à la condition de table rase . Il nous dépouille d’illusions et d’idéalisations. Dans la vie maintenant, nous marchons seuls, dans une vallée de larmes que, apparemment, même la présence aimante des frères, qui pleurent aussi, ne peut tempérer et éclairer.

SILENCE

La construction du Temple ne peut être arrêtée. L’antithèse doit être surmontée par une nouvelle synthèse. Un réajustement rapide, souple et apaisant du conflit. Une fois de plus, pour vivre et survivre, nous devons nous transformer. Pour réussir, le degré nous montre une issue : la voie de l’obéissance dans le silence et la fidélité.

Dans ce silence, l’analogie avec le silence de l’Apprenti est extraordinaire, nous devons écouter la voix du maître intérieur, la parole perdue qui peut nous guider dans les tempêtes physiques et émotionnelles de la vie. Pour le dire en un mot sanskrit : dans le samsara.

En silence, nous devrons trouver le chemin de la liberté intérieure. Une liberté qui est l’expression de sa conscience selon nos normes éthiques intérieures. Cette dernière règle est découverte et librement « acceptée », non subie ou inconsciemment empruntée à la pensée commune.

SECRET

C’est un signe extraordinaire, celui du degré. Deux doigts scellés sur les lèvres. Un signe de recueillement. Et le confinement de ses propres modestes découvertes. Le silence nous aide à affronter intact les combats avec l’imprévisible, l’absurde, l’impossible, face auxquels on ne peut que se taire et se protéger.

En revanche, au sens gnostique, le silence est une cavité muette et secrète où résonne l’ineffable. Ce qui se situe au-delà des limites verbales et non verbales, au-delà de l’exprimable et touche presque au surhumain. Le cœur même de la Vie.

Si on ne peut pas articuler la Parole perdue, on peut, on doit préparer la caisse de résonance de son cœur pour prononcer son Nom. De plus, c’est en secret qu’il faudra veiller sur la base de la pyramide bleue pour que les travaux se progressent correctement à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.

SPLENDEUR

De petites ailes ont poussé. La splendeur est conquise plume par plume. De la douleur, de la perte, du silence, de l’obéissance, de la fidélité, de l’écoute intérieure naît une sensation enivrante de “possession” de sa propre identité. Le degré et le rite nous accueillent à un niveau supérieur de conscience et nous invitent à une liberté jamais imaginée.
Les discours deviennent plus fluides, familiers, spontanés, car ils sont guidés par l’expertise d’un aurige expert.

Les connaissances grandissent et les responsabilités grandissent. Et, main dans la main, les questions. Qu’y a-t-il derrière le mur du silence et des ténèbres ? Est-ce la liberté tant désirée ? La liberté d’être seul pour défier et affronter le destin ?

Mais la liberté est la consolation la plus intense. Une caresse qui nous dilate et, tempérée par l’humilité et la connaissance, nous positionne définis dans le monde. C’est pour cette liberté que beaucoup nous combattent. C’est pour cette liberté que beaucoup d’églises nous condamnent. Que le vulgaire nous envie. Cette ignorance voudrait nous assimiler et nous engloutir dans sa propre ombre.
Le chemin écossais, le chemin de l’exil et de l’ermite a commencé.

SYNTHÈSE

Dans la vie, tu recommences toujours. Nous mourons et renaissons tout le temps. Le maître est mort et il n’y a personne qui nous sauvera. Il faut le faire seul, même si ce sentiment angoissant et cosmique est tempéré par l’amour des frères.

De là, au-delà du concept de salut, commence le chemin de la libération qui pour le Maçon n’a qu’un nom : construction du temple de Salomon et rectification de soi et, par conséquent, de la société humaine, pour la réalisation de la liberté personnelle et collective.

A.S.:

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