Je suis née dans la nuit des temps, à l’instant même où l’humanité a commencé à lever les yeux vers le divin et à rêver d’absolu. Éprouvée par les siècles et les civilisations, j’ai traversé les âges en demeurant inébranlable dans ma vérité.
Les carrefours du monde portent l’empreinte de mes pas, et les plus grandioses cathédrales édifiées par les nations témoignent de l’habileté de mes mains. Je suis la quête perpétuelle de la beauté, de l’harmonie et de la symétrie.

Au plus profond de mon cœur résident la Sagesse, la Force et la Beauté pour quiconque ose les réclamer. Sur mes autels repose le Livre sacré, et mes prières s’élèvent vers le principe créateur. Dans l’espace sacré de la Loge comme dans le tumulte du monde profane, mes enfants travaillent à l’unisson, libérés des métaux, des rangs sociaux et de la discorde.
Par le langage universel des signes et des symboles, je transmets les mystères de la vie et de la mort, tissant le lien sacré qui unit l’humain au divin, et l’homme à son semblable. Mes bras demeurent grand ouverts pour accueillir celles et ceux, libres et de bonnes mœurs, qui viennent frapper à ma porte de leur plein gré. Je les accepte et leur confie mes outils pour qu’ils bâtissent leur propre temple intérieur, les guidant sur le chemin d’une perfection âprement désirée, bien que si difficile à atteindre.
Je suis la main qui relève celui qui trébuche et le toit qui abrite celui qui souffre. J’écoute le cri de l’orphelin, j’essuie les larmes de la veuve, et j’apaise la douleur des anciens et des démunis.
Je ne suis ni une religion, ni un parti politique, ni un dogme. Pourtant, j’inculque à mes initiés un sens aigu de leurs responsabilités envers l’univers, leur patrie, leurs semblables et eux-mêmes. Ce sont des êtres libres, gardiens farouches de leurs libertés et veilleurs éveillés face aux ténèbres qui menacent de resurgir.
Au terme du chemin, je les accompagne dans cet ultime voyage au-delà de la vallée, vers la lumière de l’Orient éternel. En contemplant le sable qui s’écoule dans le cabinet de réflexion, je mesure la fragilité d’une existence éphémère face à l’immensité du cosmos.
J’ai toujours enseigné l’immortalité de l’esprit. En guidant inlassablement les femmes et les hommes des ténèbres vers la Lumière, je ne suis pas seulement une institution : je suis un chemin de vie.
Je suis la Franc-Maçonnerie. Une fin en soi pour le profane, mais en vérité, le véritable commencement.
(Une réflexion intemporelle librement adaptée de l’œuvre de Ray V. Denslow, mise en lumière par la Grande Loge Mixte du Québec).


