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CORSE : LE RENDEZ-VOUS MANQUÉ ENTRE AUTONOMISTES ET FRANCS-MAÇONS DU GRAND ORIENT DE FRANCE

FRANCE | 17 septembre 2026 | 0 | by A.S.

Une rencontre consacrée au processus d’autonomie de la Corse devait se tenir fin septembre ou début octobre au siège du Grand Orient de France, rue Cadet à Paris. Plusieurs responsables politiques corses avaient été invités à participer à cette « tenue blanche ». Selon Le Monde, la réunion a finalement été annulée. Un épisode qui rappelle combien les relations entre franc-maçonnerie et politique corse demeurent à la fois anciennes, réelles et sensibles. (Le Monde.fr)

D’après les informations publiées par Le Monde le 16 septembre 2026, une invitation avait été adressée à Gilles Simeoni, maire de Bastia et ancien président du conseil exécutif de Corse, pour participer à une réunion consacrée à l’autonomie de l’île. La rencontre devait se tenir au siège parisien du Grand Orient de France, le 30 septembre ou le 2 octobre.

Étaient également annoncés parmi les invités la constitutionnaliste Wanda Mastor, professeure de droit public à l’université de Corse, le député de Corse-du-Sud Laurent Marcangeli, ainsi que, selon des sources corses citées par le quotidien, le maire de Porto-Vecchio Jean-Christophe Angelini. Le Monde attribue l’initiative de cette invitation à la Fraternelle Pascal Paoli. (

UNE « TENUE BLANCHE » POUR PARLER D’AUTONOMIE

Dans le vocabulaire maçonnique, une tenue blanche désigne une réunion au cours de laquelle des personnes non maçonnes peuvent être invitées à intervenir ou à assister à certains échanges, selon les modalités retenues par l’organisateur.

Le thème prévu était particulièrement politique : le processus d’autonomie de la Corse et ses conséquences institutionnelles. L’enjeu est d’autant plus actuel que l’Assemblée nationale a adopté le 23 juin 2026, par 271 voix contre 202, le projet de loi constitutionnelle visant à inscrire dans la Constitution un statut d’autonomie pour la Corse. Le texte a ensuite été transmis au Sénat. (Assemblée Nationale)

Le dossier législatif du Sénat indique actuellement une discussion en séance publique prévue le 26 octobre 2026. Cette date diffère donc de celle du 21 octobre mentionnée dans l’article du Monde. (Sénat)

UNE RÉUNION QUI N’AURA FINALEMENT PAS LIEU

La rencontre n’a toutefois jamais été officiellement confirmée par les deux principaux intéressés. Gilles Simeoni n’a pas répondu aux sollicitations du Monde et le Grand Orient de France a, selon le quotidien, catégoriquement démenti l’existence de cette tenue par l’intermédiaire de son chef de cabinet.

Le Monde affirme avoir appris le 15 septembre que la réunion avait finalement été annulée. Le quotidien ne donne pas de motif officiel à cette annulation et s’interroge sur le rôle éventuel joué par la médiatisation du rendez-vous. Il convient donc de distinguer ce qui est établi — l’existence d’une invitation vue par les journalistes et l’annulation rapportée — des raisons de cette annulation, qui ne sont pas documentées.

FRANC-MAÇONNERIE ET POLITIQUE CORSE : UNE HISTOIRE ANCIENNE

Cet épisode n’est pas entièrement inédit.

Le Monde rappelle qu’en janvier 1987, une réunion publique organisée au siège du Grand Orient avait accueilli deux élus nationalistes corses, Max Simeoni et Pierre Poggioli, alors que les questions de décentralisation occupaient déjà une place importante dans le débat politique.

Le quotidien souligne également que des francs-maçons et des loges ont été présents, à différents degrés, dans les échanges entourant certaines évolutions institutionnelles de la Corse au cours des décennies suivantes. Cette influence historique est cependant difficile à réduire à une seule organisation ou à une position politique uniforme : les obédiences et les loges réunissent des membres aux sensibilités diverses.

LA CORSE, TERRE DE FORTE IMPLANTATION MAÇONNIQUE

L’importance de la franc-maçonnerie sur l’île constitue un autre élément notable de cette actualité.

Guillaume Trichard, grand maître du Grand Orient de France, indique au Monde que son obédience compte environ 500 membres répartis dans 14 loges en Corse. Toutes obédiences confondues, le quotidien évoque entre 60 et 80 loges et quelque 2 000 à 2 500 francs-maçons et franc-maçonnes sur l’île.

Ces chiffres montrent une implantation particulièrement dense au regard de la population insulaire et expliquent aussi pourquoi les questions institutionnelles corses peuvent trouver un écho à l’intérieur des loges.

QUAND LE TEMPLE RENCONTRE LA CITÉ

L’affaire pose finalement une question bien connue de la franc-maçonnerie française : jusqu’où les loges doivent-elles participer au débat public ?

Inviter des responsables politiques ou des universitaires pour comprendre un projet institutionnel n’équivaut pas, en soi, à adopter une position collective en sa faveur ou contre lui. Mais dès lors que la franc-maçonnerie rencontre directement le monde politique, la frontière entre réflexion, influence et engagement devient immédiatement scrutée.

C’est probablement ce qui rend cet épisode intéressant au-delà même du débat sur l’autonomie corse.

La franc-maçonnerie revendique depuis longtemps sa volonté de réfléchir aux grandes questions de société. Mais chaque fois qu’elle ouvre ses portes à la politique, une autre question revient inévitablement : comment éclairer le débat dans la cité sans donner le sentiment de vouloir le conduire depuis le Temple ?

Le rendez-vous annoncé rue Cadet n’aura finalement pas lieu. Le débat sur la place des francs-maçons dans les évolutions politiques et institutionnelles, lui, est loin d’être clos.

Source principale : Le Monde, « Corse : le rendez-vous manqué des autonomistes et des frères du Grand Orient de France », Christophe Ayad et Paul Ortoli, publié le 16 septembre 2026.

Lire l’article du Monde


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