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LE « MENTOR » MAÇONNIQUE : CELUI QUI SAIT SE TAIRE AU BON MOMENT

REFLEXIONS | 16 septembre 2026 | 0 | by A.S.

En franc-maçonnerie, nous aimons beaucoup transmettre. Parfois même un peu trop. À peine un jeune Frère a-t-il formulé une question que trois anciens sont déjà prêts à lui expliquer la vie, le Rite, la Tradition, l’Orient, et probablement aussi comment il devrait tenir son maillet. Et si le vrai mentorat commençait justement par… se taire ?

Le mentorat est l’une de ces choses dont on parle facilement et que l’on pratique beaucoup moins bien qu’on ne le pense. Accompagner un Frère ne signifie pas lui fournir immédiatement une réponse, encore moins lui indiquer le chemin comme si nous possédions nous-mêmes la carte définitive du Temple. Le véritable mentor n’est peut-être pas celui qui sait quoi dire. C’est souvent celui qui sait quand ne pas parler.

Randy Sanders le rappelle avec justesse dans une réflexion consacrée aux « moments qui comptent vraiment » : écouter attentivement, sans interrompre, peut parfois faire davantage progresser quelqu’un qu’une longue série de conseils. Une question simple, posée au bon moment, peut ouvrir un espace que dix minutes de discours auraient refermé.

NOUS VOULONS TOUJOURS RÉPARER L’AUTRE

C’est presque un réflexe. Quelqu’un nous confie un problème et, aussitôt, notre cerveau sort sa boîte à outils : conseil, anecdote personnelle, solution éprouvée, citation philosophique… et parfois même une petite sentence maçonnique pour faire bonne mesure. Nous voulons aider. Mais aider n’est pas nécessairement résoudre à la place de l’autre.

Celui qui parle cherche parfois moins une solution qu’un endroit où déposer ce qu’il porte. Et celui qui l’écoute n’a pas toujours à lui montrer une sortie. Il peut simplement l’aider à regarder plus clairement ce qui se trouve déjà devant lui. Là réside peut-être l’un des arts les plus difficiles du mentorat : poser suffisamment de questions pour permettre à l’autre de découvrir sa propre réponse.

L’APPRENTI LE SAIT DÉJÀ : IL FAUT COMMENCER PAR ÉCOUTER

Cela devrait pourtant nous rappeler quelque chose. Le silence n’est-il pas l’une des premières expériences proposées à l’Apprenti ? On pourrait facilement considérer ce silence comme une simple discipline rituelle. Mais il porte sans doute une leçon beaucoup plus exigeante : apprendre à écouter avant de vouloir exister dans la conversation.

Notre ego, lui, n’aime pas beaucoup cette idée. Pendant qu’un autre raconte son expérience, il prépare déjà notre réponse. Il cherche dans notre mémoire une aventure comparable. Il murmure : « Moi aussi… », « Cela m’est arrivé… », « À ta place… » Et bientôt celui qui devait être écouté devient spectateur de notre propre histoire.

Un mentor doit parfois accomplir un exploit presque surhumain : résister à l’envie de raconter combien il est lui-même devenu sage grâce à ses erreurs.

TRANSMETTRE SES ÉCHECS PLUTÔT QUE SA SAGESSE

Pour autant, le mentor ne doit pas devenir une statue silencieuse. Il existe des moments où partager une expérience personnelle peut éclairer un chemin. Mais les histoires les plus utiles ne sont pas toujours celles de nos réussites. Nos échecs sont souvent de bien meilleurs outils pédagogiques.

Dire à un jeune Frère : « Voilà ce que j’ai fait, voilà pourquoi cela n’a pas fonctionné, voilà ce que j’en ai compris » vaut parfois davantage qu’une belle leçon sur ce qu’il conviendrait de faire. Parce qu’un mentor crédible n’est pas celui qui prétend avoir achevé sa Pierre. C’est celui qui accepte de montrer quelques-uns des coups de ciseau qui sont partis de travers.

UN MENTOR N’EST PAS UN MAÎTRE À PENSER

Il existe également un danger subtil dans le mentorat maçonnique : fabriquer des disciples plutôt que des hommes libres. Un accompagnement réussi ne devrait pas aboutir à : « Il pense désormais comme moi. » Il devrait plutôt conduire à : « Il a appris à penser par lui-même. »

La nuance est fondamentale. La franc-maçonnerie prétend former des êtres capables de travailler librement sur eux-mêmes. Si le mentor impose ses opinions, ses interprétations et ses certitudes, il remplace simplement une dépendance par une autre. Le bon mentor ne fournit pas nécessairement une direction. Il aide parfois simplement l’autre à mieux lire sa propre boussole.

LES MOMENTS QUI COMPTENT NE FONT PAS TOUJOURS DE BRUIT

Et puis il y a tous ces instants minuscules : une question posée après une tenue, une conversation sur le parvis, un Frère qui remarque qu’un autre ne va pas très bien, un message envoyé sans raison particulière, un encouragement, un compliment sincère, une écoute sans montre posée sur la table.

Nous imaginons parfois que la fraternité se manifeste dans de grandes actions. Elle se joue pourtant souvent dans des gestes tellement modestes que celui qui les accomplit ignore totalement leur importance. Une phrase oubliée par celui qui l’a prononcée peut rester pendant des années dans la mémoire de celui qui l’a reçue.

C’est peut-être cela, finalement, le mentorat : être suffisamment présent pour reconnaître un moment important lorsqu’il se présente. Sans chercher à briller. Sans chercher à convaincre. Et, surtout, sans transformer chaque conversation fraternelle en conférence personnelle.

Alors une question demeure pour chacun d’entre nous : lorsque quelqu’un vient nous parler, cherchons-nous réellement à l’écouter… ou attendons-nous simplement notre tour pour parler ?

Source d’inspiration : Randy Sanders, « Les moments qui comptent vraiment – Le mentorat », publié le 11 avril 2023 sur Freemason.pt.

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