Deux affaires survenues presque simultanément en Italie viennent raviver la question sensible des relations entre l’Église catholique et la franc-maçonnerie. À quelques heures d’intervalle, deux diocèses italiens ont décidé de ne pas célébrer les funérailles catholiques de deux hommes dont l’appartenance maçonnique et les responsabilités au sein de leurs obédiences avaient été rendues publiques. (INFOVATICANA)
Le premier cas concerne Bruno Battisti D’Amario, guitariste italien décédé le 5 août 2026 à l’âge de 88 ans. Musicien reconnu, notamment pour sa longue collaboration avec Ennio Morricone, il avait également occupé plusieurs responsabilités importantes au sein du Grand Orient d’Italie. Ses funérailles devaient initialement être célébrées à la basilique Santa Maria in Montesanto, sur la Piazza del Popolo à Rome.

La cérémonie avait été acceptée avant que les responsables religieux ne soient informés de son parcours maçonnique. C’est notamment l’annonce publiée par le Grand Orient d’Italie à l’occasion de son décès qui a révélé publiquement l’importance de son engagement. Bruno Battisti D’Amario avait notamment fondé la loge romaine Giuseppe Leti, composé l’hymne officiel du Grand Orient d’Italie et exercé différentes fonctions au sein de l’Ordre. (INFOVATICANA)
Informé de la situation, le cardinal Baldassare Reina, vicaire général pour le diocèse de Rome, a finalement décidé de ne pas autoriser la messe funèbre. À la place des obsèques religieuses initialement prévues, une prière familiale a été organisée afin de confier le défunt à la miséricorde de Dieu. Cette décision n’interdit cependant pas que des messes puissent ultérieurement être célébrées à son intention.
UN SECOND CAS À VINTIMILLE-SANREMO
Presque simultanément, une situation comparable s’est présentée dans le diocèse de Vintimille-Sanremo, en Ligurie. Les funérailles de Mario Tarducci, ancien vénérable maître d’une loge maçonnique locale, devaient être célébrées dans l’église San Marco de Camporosso.
Là encore, l’appartenance maçonnique du défunt n’aurait été portée à la connaissance du diocèse qu’après l’organisation de la cérémonie. L’évêque Antonio Suetta a alors décidé de suspendre les obsèques ecclésiastiques, en se référant notamment à la décision prise quelques heures auparavant à Rome et aux dispositions du droit canonique. (INFOVATICANA)
Au cœur de ces deux décisions se trouve notamment le canon 1184 du Code de droit canonique. Celui-ci prévoit, sauf signe de repentir avant la mort, le refus des funérailles ecclésiastiques à certaines catégories de personnes, parmi lesquelles figurent « les autres pécheurs manifestes » lorsque les funérailles ne pourraient être accordées sans provoquer de scandale public parmi les fidèles. En cas de doute, la décision appartient à l’Ordinaire du lieu. Le canon 1185 prévoit également que la messe d’obsèques doit être refusée à celui qui a été exclu des funérailles ecclésiastiques. (Vatican)
UNE POSITION DE L’ÉGLISE QUI DEMEURE INCHANGÉE
Ces deux affaires rappellent surtout que la position doctrinale de l’Église catholique à l’égard de la franc-maçonnerie n’a officiellement pas changé.
En novembre 1983, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, alors dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger, précisait que le jugement négatif de l’Église à l’égard des associations maçonniques demeurait inchangé, leurs principes étant considérés comme incompatibles avec la doctrine catholique. Elle indiquait également que l’appartenance à une association maçonnique demeurait interdite aux fidèles catholiques. (Vatican)
Cette position a été de nouveau rappelée en novembre 2023 par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, à la suite d’une demande de l’évêque de Dumaguete, aux Philippines. Le dicastère indiquait alors que l’adhésion active d’un fidèle catholique à la franc-maçonnerie restait interdite en raison de l’incompatibilité doctrinale considérée par l’Église entre catholicisme et franc-maçonnerie. (Vatican)
Ces deux décisions italiennes ne constituent donc pas une nouvelle condamnation générale de la franc-maçonnerie, mais l’application, dans deux situations particulières, d’une discipline et d’une position doctrinale anciennes de l’Église catholique.
Elles n’en demeurent pas moins particulièrement symboliques. Plus de trois siècles après les premières grandes controverses entre Rome et la franc-maçonnerie, la question de la double appartenance et de l’incompatibilité revendiquée par l’Église catholique continue ainsi de produire des conséquences très concrètes, jusque dans la célébration des derniers rites entourant la mort.
Références :
- InfoVaticana – Deux diocèses italiens interdisent les funérailles catholiques de membres éminents de la franc-maçonnerie – 10 août 2026
- Vatican – Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration sur les associations maçonniques, 26 novembre 1983.
- Vatican – Dicastère pour la Doctrine de la Foi, réponse concernant l’adhésion de fidèles catholiques à la franc-maçonnerie, 13 novembre 2023.
- Vatican – Code de droit canonique, canons 1184 et 1185.
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