L’expression « Fils de Salomon » aurait autrefois servi à désigner les francs-maçons et les bâtisseurs des grandes cathédrales gothiques. Elle renvoie à une tradition selon laquelle les maçons opératifs auraient hérité leurs connaissances des ouvriers ayant participé à la construction du Temple de Jérusalem, sous la direction du maître Hiram.
Cette filiation ne doit toutefois pas être considérée comme un fait historique démontré. Elle appartient avant tout aux récits fondateurs de la franc-maçonnerie.
LE TEMPLE COMME ORIGINE SYMBOLIQUE

Dans ses Constitutions, James Anderson raconte qu’après l’achèvement du Temple de Salomon, les artisans qui avaient travaillé sous la direction d’Hiram se seraient dispersés dans de nombreuses régions du monde afin d’y transmettre leur art.
Anderson ne créa pas entièrement cette tradition. Il s’inspira notamment des Anciens Devoirs, un ensemble de manuscrits médiévaux appartenant aux maçons opératifs.
Le manuscrit Cooke, daté du début du XVe siècle, évoquait déjà les milliers de maçons employés par Salomon et les règles qui leur auraient été transmises.
Dans ces récits, le Temple n’est pas uniquement un édifice de pierre. Il devient le symbole d’une œuvre humaine construite selon la sagesse, l’ordre et l’harmonie.
DES BÂTISSEURS AUX CHEVALIERS
Au XVIIIe siècle, le chevalier de Ramsay rapprocha la franc-maçonnerie des ordres de chevalerie constitués au temps des croisades.
Il décrivit une fraternité capable de réunir des hommes venus de différentes nations autour de la vertu, de la connaissance et de l’union des esprits.
Cette vision favorisa les rapprochements entre la franc-maçonnerie et les Templiers. Ces derniers employaient en effet des tailleurs de pierre pour construire leurs commanderies, leurs églises et leurs forteresses.
Après la disparition de l’Ordre du Temple, certains de ces artisans auraient gagné d’autres pays européens. Cette hypothèse a nourri de nombreuses traditions maçonniques, sans qu’une filiation directe entre les Templiers et la franc-maçonnerie moderne puisse être historiquement établie.
LA MAISON DE SALOMON
La figure de Salomon apparaît également dans les courants philosophiques et initiatiques de la Renaissance.
Dans La Nouvelle Atlantide, Francis Bacon imagine une société idéale organisée autour d’une institution appelée la Maison de Salomon. Ses membres se consacrent à la connaissance, à la science et à l’amélioration de la condition humaine.
Ils sont eux aussi appelés les « Fils de Salomon ».
Le Temple devient alors le symbole d’une société éclairée, dans laquelle la connaissance, la tolérance et la coopération remplacent l’ignorance et le fanatisme.
QUI SONT LES FILS DE SALOMON AUJOURD’HUI ?
Les « Fils de Salomon » ne sont peut-être pas les héritiers d’une lignée historique ininterrompue. Ils sont plutôt les héritiers d’un idéal.
Le franc-maçon ne construit plus nécessairement des édifices de pierre. Il travaille à l’édification de son Temple intérieur et à la construction d’une société plus juste et plus fraternelle.
Ses outils sont devenus symboliques : l’équerre lui rappelle la rectitude, le compas lui enseigne la mesure, le niveau lui fait reconnaître l’égalité et le fil à plomb l’invite à descendre au plus profond de lui-même.
Une ancienne légende raconte que le fantôme de Jacques de Molay, dernier Grand Maître des Templiers, reviendrait dans les ruines des anciennes commanderies pour demander :
« Le Temple a été détruit : qui m’aidera à le reconstruire ? »
Le Temple dont il est question n’est peut-être pas un monument disparu. Il représente une humanité toujours inachevée, menacée par l’intolérance, les divisions et l’obscurantisme.
Les nouveaux « Fils de Salomon » sont ceux qui entendent encore cet appel, reprennent les outils et poursuivent l’œuvre.
Texte inspiré de l’article « Les Fils de Salomon », de John Anatalino Rodrigues.


