L’Apprenti venait de découvrir l’un des symboles fondamentaux de la franc-maçonnerie : la pierre brute.
Cette pierre, lui avait-on expliqué, représente l’être humain tel qu’il est au commencement de son chemin initiatique, avec ses qualités, ses faiblesses et ses imperfections. Le travail maçonnique consiste à la dégrossir, à en corriger les aspérités et à la polir afin qu’elle puisse prendre place dans la construction du Temple.
Mais comment faut-il travailler sa pierre ?
SE REGARDER SANS SE MENTIR

Durant plusieurs nuits, l’Apprenti rêva de rochers, de galets, de pierres anciennes et de fragments usés par le temps.
Dans l’un de ses rêves, il aperçut une pierre singulière : une face semblait relativement lisse, tandis que les autres demeuraient rugueuses et irrégulières.
Quelques jours plus tard, il comprit que cette pierre était son propre reflet.
Il avait beaucoup travaillé certains aspects de sa personnalité, notamment ceux qui lui permettaient de trouver sa place dans la société. Pourtant, même cette face apparemment polie conservait des fissures. Quant aux autres, elles semblaient encore presque intactes.
Face à l’ampleur de la tâche, il fut tenté de renoncer.
Devait-il corriger toutes ses imperfections en même temps ? Développer principalement ses qualités les plus fortes ? Ou concentrer ses efforts sur une seule face jusqu’à la rendre éclatante ?
IL N’EXISTE PAS UNE SEULE MANIÈRE DE TAILLER SA PIERRE
L’Apprenti demanda conseil à son Maître.
Celui-ci lui montra deux murs. Le premier était composé de pierres régulières, soigneusement taillées sur chacune de leurs faces. Le second était formé de pierres irrégulières, parfaitement assemblées, dont seules les parties visibles avaient été polies.
Les deux murs étaient solides.
Le Maître lui expliqua alors qu’il ne pouvait lui indiquer une méthode unique. Chaque homme doit travailler sa pierre selon sa nature, ses capacités et l’idée qu’il se fait de la perfection.
Certaines pierres seront discrètes, mais indispensables à la solidité de l’édifice. D’autres, plus brillantes et plus ornées, occuperont une place visible. Certaines soutiendront les voûtes, tandis que d’autres combleront les espaces sans lesquels le mur ne pourrait tenir.
Aucune pierre ne peut remplir toutes les fonctions. Mais chacune peut devenir utile, à condition d’être travaillée avec volonté et persévérance.
L’Apprenti observa alors longuement sa propre pierre… puis il se mit à l’ouvrage.
AUCUNE PIERRE N’EST SUPÉRIEURE AUX AUTRES
Des années plus tard, devenu Maître, il contempla à son tour le travail des Apprentis et des Compagnons de sa Loge.
Certains cherchaient à améliorer progressivement toutes les dimensions de leur être. D’autres concentraient leurs efforts sur une qualité particulière, jusqu’à la faire briller comme un miroir. Chacun avançait différemment, avec ses forces, ses hésitations et ses propres outils.
Il comprit alors l’enseignement de son ancien Maître : aucune pierre n’était meilleure qu’une autre.
Le véritable travail maçonnique ne consiste pas à devenir identique aux autres, mais à découvrir ce que nous pouvons apporter à l’édifice commun.
Tailler sa pierre, ce n’est donc pas rechercher une perfection uniforme. C’est apprendre à se connaître, transformer ses faiblesses, développer ses qualités et trouver librement la place où l’on pourra être le plus utile à la construction du Temple.
D’après un texte de Paulo M.


