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Miscellanea Macionica : Qui a déjà entendu parler du comte Auguste de Grasse-Tilly ?

Miscellanea Macionica : Qui a déjà entendu parler du comte Auguste de Grasse-Tilly  ?

Voici la question 95 de la Série« MISCELLANEA MACIONICA »  (Miscellanées Maçonniques) tenue par Guy Chassagnard, ancien journaliste professionnel qui, parvenu à l’âge de la retraite, a cessé de traiter l’actualité quotidienne, pour s’adonner à l’étude de la Franc-Maçonnerie et de son histoire.

Miscellanea Macionica : Qui a déjà entendu parler du comte Auguste de Grasse-Tilly  ?

En dehors, bien sûr, des maçons écossais…

On connaît universellement son père, l’amiral Fran­çois Joseph Paul, comte de Grasse, marquis de Tilly, héros de l’indépendance américaine qui, en 1781, a donné la victoire aux Insurgents sur les armées britanniques par son intervention dans la baie de Chesapeake. On connaît moins son fils, Auguste, dont le seul mérite, accompli dans le cadre d’une obscure vie d’officier et de planteur dominicain, a con­sisté à implanter sur le sol français un Rite dit écossais, ancien et accepté.

Les mésaventures d’Auguste (Alexandre François) de Grasse-Tilly (1765-1845) ont commencé lors de la mort de son père, survenue en 1788, il a abandonné sa charge de capitaine pour aller vivre sur les plantations familiales de l’île de Saint-Domingue. En 1783, il avait été initié franc-maçon par la Loge Saint-Jean d’Écosse du Contrat social. Entouré d’esclaves, le jeune homme aurait pu me­ner une vie heureuse et confortable si n’avait pas bientôt eu lieu une révolte violente des métis. D’où son séjour en Caroline du Sud, de 1793 à 1804 ; momentanément interrompu, en 1802, par la reconquête de Saint-Domingue par les français et l’arrestation du célèbre général-gouverneur à vie Toussaint-Louverture.

Ancien officier de l’armée royale, ancien maçon du Contrat Social, de Grasse-Tilly a mené à Charleston une vie profane dont on ne sait pas grand chose. Certes il s’y est vu doter d’une concession de 130 acres de terre ; certes il est devenu en 1799 citoyen des États-Unis. Mais qu’a-t-il fait de ses dix doigts ? La pension d’Ingénieur qui lui fut allouée, eu égard aux mérites de son père, ses cours – privés – de français, de mathématiques et de génie militaire ont-ils été suffisants pour subvenir aux besoins de sa famille ? On l’ignore.

La vie maçonnique d’Auguste de Grasse-Tilly est mieux connue. Notre homme a fréquenté les loges symboliques et de Perfection de Saint-Domingue. A Charleston, il a de concert avec son beau-père, Jean-Baptiste Delahogue, fondé la Loge La Candeur ; il y est même devenu Prince de Jérusalem et de Rose-Croix, avant d’accéder au titre suprême de Sublime Prince du Royal Secret, en 1796.

Appartenant au groupe des francs-maçons intimes des frères John Mitchell et Frederick Dalcho, il a tout naturellement intégré leur Suprême Conseil avant de se voir nommer (en 1802) Grand Commandeur pour la vie du Suprême Conseil des Îles des Indes occidentales françaises – une institution qui ne fut jamais que virtuelle.

Revenu en France en 1804, Auguste de Grasse-Tilly devait être une personnalité maçonnique l’espace d’une saison. En août, il assuma le réveil de la Loge Saint-Alexandre d’Écosse, héritière de son ancienne Loge du Contrat Social. En Octobre, il œuvra à la création d’une Grande Loge Générale Écossaise chargée d’administrer des loges du Rit ancien ; il réunit un Grand Consistoire du 32e degré ; il fonda un Suprême Conseil de France (parfois appelé « pour la France »), dont il devint naturellement le Souverain Grand Commandeur.

Mais fin décembre, sous la pression du gouvernement impérial, il dut se résoudre a conclure un Con­cordat d’union avec le Grand Orient de France – avant d’abandonner quelques mois plus tard toute responsabilité maçonnique. La suite, l’intéressé l’a racontée dans un mémoire rédigé en 1841 en vue d’obtenir, pour la unième fois, une reconnaissance officielle et une pension militaire :

Le comte de Grasse, après avoir perdu tous ses biens à Saint-Domin­gue, trouva ceux qu’il croyait trouver en France vendus ou dilapidés par son tuteur. Forcé, pour faire subsister sa famille, de reprendre du service, il sollicita longtemps en vain pour être remis en activité. Il partit enfin ad honores comme aide de camp du général Kellermann, avec lequel il fit la campagne de 1805. 

C’est pendant cette campagne qu’il eut l’occasion de recueillir les témoignages les plus honorables des autorités de la ville de Strasbourg pour sa belle con­duite et le dévouement dont il fit preuve lors d’un incendie épouvantable qui éclata dans cette ville.

A la fin de la campagne de 1805, il fut nommé capitaine adjoint à l’état-major général de l’armée d’Italie ; puis chef d’état-major à Vérone, et à celui d’un corps d’élite à Trévise, sous les ordres du général Sou­ham, avec lequel il partit pour la Catalogne, en qualité d’aide de camp. Nommé ensuite aide de camp du maréchal Augereau, et enfin adjudant de la place de Badajoz, il fut fait prisonnier dans cette ville. Transféré en Angleterre, il ne rentra en France qu’en 1814 ; il suivit le roi à Gand en qualité d’officier supérieur des gardes de la Porte, poste qu’il conserva jusqu’en 1816, époque où le corps fut licencié.

Ce que ne précise pas le mémoire du comte de Grasse-Tilly, c’est que celui-ci a vécu les trente dernières années de sa vie à rechercher les honneurs et les soutiens financiers. Abandonné par sa femme et sa fille, il meurt en 1845, en état d’indigence, alors qu’il est hospitalisé aux Invalides ; sa dépouille est alors inhumée dans une « tranchée gratuite » – entendez : la fosse commune – du cimetière de Montparnasse.

Nota – Le comte de Grasse-Tilly est né Alexandre François Auguste, mais tout au long de sa vie il a fait usage de son dernier prénom.

• Voir : Aux Sources du Rite écossais ancien et accepté (Guy Chassagnard, Éditions Alphée – Jean-Paul Bertrand, 2008). Et les Archives militaires du Château de Vincennes.

© Guy Chassagnard – Tous droits réservés – guy@chassagnard.net




Guy Chassagnard: