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LA FRANC-MAÇONNERIE BASQUE A L’HONNEUR


La Franc-Maçonnerie bayonnaise présentée au musée Basque – Un article du site Bayonne.fr

Vendredi 4 juin à 18h30, une conférence intitulée « Maçonnerie et Immigration » sera présentée à l’auditorium Henri-Grenet par Georges Sérignac, grand maître du Grand Orient de France. Elle sera suivie samedi 5 juin par l’inauguration de l’exposition « La Franc-Maçonnerie basque d’hier et d’aujourd’hui » au musée Basque.

Ces deux événements s’inscrivent dans le cadre de la célébration des 250 ans de La Zélée. Initialement fondée en 1763 sous le nom de La Saint-Jean de l’Union Cordiale, cette loge maçonnique bayonnaise est devenue La Zélée en 1770, parallèlement à la création du Grand Orient de France auquel elle est affiliée.

Une loge qui intègre très tôt des membres de la communauté juive

À l’origine, la loge était composée de membres de professions très variées, principalement issus de l’élite sociale : commerçants, armateurs, parlementaires, procureurs du Roi, etc. Sa grande particularité est d’avoir admis des membres de la communauté juive, vingt ans avant qu’ils n’aient accès à la citoyenneté française. Vivant à Saint-Esprit, cette communauté composée de séfarades est à ce moment-là fort nombreuse. Les juifs sont intégrés à la vie bayonnaise, mais n’ont pas encore tous les droits, dont celui de venir commercer de l’autre côté du pont. Ils subissent en outre quelques brimades et font naître des jalousies dans le domaine des affaires. La présence de juifs à La Zélée provoque d’ailleurs une première scission : en 1783, certains frères désertent La Zélée pour créer L’Amitié qui ne vivra guère plus de trois ans. 

Le rôle de La Zélée dans la révolution de 1789

Les membres de La Zélée sont des libéraux ; ils participent activement à la rédaction des Cahiers des états généraux. Le Bayonnais Joseph Garat, député du Labourd, devient même ministre de la Justice, puis de l’Intérieur ; c’est lui qui annonce à Louis XVI sa condamnation à mort. Pourtant, lorsque survient la Terreur, les Révolutionnaires ne comprennent pas que des hommes puissent se réunir en secret, car tout doit être public. Les loges se mettent alors en sommeil et le Grand Orient ne reprendra ses activités officielles qu’en 1801. Quelques années plus tard, sous l’Empire, c’est l’embellie. La Franc-Maçonnerie est perçue par Napoléon III comme un moyen de contrôler une classe bourgeoise aisée et de faire passer, hors des frontières, les idéaux de la Révolution. 

En 1830, les maçons se distinguent

Sociologiquement, la composition de La Zélée évolue : les armateurs y sont moins nombreux, les professions libérales y entrent en masse et l’on assiste à une certaine prolétarisation, avec l’arrivée en son sein de petits commerçants et d’employés. À partir de 1824, sous la présidence de Nicolas Plantié, représentant de la jeune génération républicaine, La Zélée amorce un glissement nettement progressiste, qui aboutit en 1830 aux Trois Glorieuses. Un Maçon bayonnais comme Jacques Laffitte, devenu président du Conseil, monte à Paris sa propre loge, baptisée Les Trois Jours, dont La Fayette est vénérable d’honneur. Jacques Laffitte exerce une grosse influence dans la région en faisant nommer des percepteurs, en aidant de nombreuses personnes et en finançant discrètement la presse locale. De même, Frédéric Bastiat, un avant-gardiste très peu connu en France, est à l’époque considéré comme l’un des grands économistes mondiaux : il est étudié dans toutes les universités américaines, comme l’un des pionniers du libéralisme économique et grand humaniste. En qualité de député, il défendra les Caisses de Secours Mutuels et sera favorable à l’abolition de la peine de mort.

Les Francs-Maçons en 1848

Lors de la révolution de 1848, le peuple parisien est aux Tuileries, tandis que les Bayonnais manifestent sous la houlette d’Augustin Chaho, homme de lettres et journaliste. Mais tous les Francs-maçons ne partagent pas les idées de Chaho. La loge se divise. Puis, en 1851, suite au coup d’état orchestré contre Napoléon III, les loges sont démantelées. C’est en 1892, soit quarante ans plus tard que La Zélée obtiendra une nouvelle patente, sous l’impulsion de Camille Delvaille, un homme remarquable qualifié de « médecin des pauvres », membre de l’Académie des Sciences.

Les débuts de la laïcité

Le début du XXe siècle est marqué par les débats sur la laïcité, pour laquelle s’engage à fond la Maçonnerie, provoquant le courroux du clergé. Dans les sermons, à la cathédrale de Bayonne, on parle de Satan en évoquant la Maçonnerie. Certains prêtres basques ont même rédigé un catéchisme bascophone contre la Franc-Maçonnerie. Quelques religieux, comme le cardinal bayonnais Charles Lavigerie, archevêque d’Alger, échappe à ce manichéisme. Il lance un appel à la reconnaissance de la République. L’histoire fit tant de bruit qu’après sa mort, en 1892, l’évêché de Bayonne retardera pendant dix ans l’inauguration de sa statue, finalement érigée en 1899 place du Réduit.

L’époque contemporaine

En 1936, lorsque la guerre civile a éclaté en 1936, La Zélée a permis la mise en place immédiate de l’accueil de réfugiés espagnols. Puis, comme toutes les autres loges, elle a disparu sous l’Occupation, fermée conformément à la loi de Vichy du 13 août 1940 qui interdisait entre autres la Maçonnerie. Après 1945, elle se réunit à nouveau dans un temple dévasté. Depuis cette époque, à Bayonne, les loges se sont multipliées : on en dénombre aujourd’hui 25, affiliées à diverses obédiences. De nombreux sujets philosophiques y sont abordés, alors que d’autres, plus politiques, sont évités car jugés sensibles. L’influence maçonnique sur les pouvoirs politique et économique est d’ailleurs bien moindre qu’hier. Et les frères revendiquent leur appartenance à une Société pas vraiment secrète, ouverte à celles et ceux qui se reconnaissent dans  l’article premier de leur Constitution qui définit « une institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, qui a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Elle a pour principe la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience ».

Conférence ouverte au public « Maçonnerie et immigration », vendredi 3 juin à 18h30 à l’auditorium Henri-Grenet, Cité des arts, 3 avenue Jean-Darrigrand.

Exposition « La Franc-Maçonnerie basque d’hier et d’aujourd’hui », du 4 juin au 31 août, au musée Basque, 37 quai des Corsaires. Plus d’infos > musee-basque

auguration de l’exposition « La Franc-Maçonnerie basque d’hier et d’aujourd’hui » au musée Basque.

A.S.: