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FEMMES ET FRANC-MAÇONNERIE : LOGE FÉMININE ET/OU FÉMINISTE ?


Entretien avec Catherine Lyautey, Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France (GLFF) par Women Today, nouveau Média d’actualités et de culture – 100% dédié aux femmes sur la culture, l’art ou la société : Femmes et franc-maçonnerie : loge féminine et / ou féministe ?

WomenToday :

Bonjour Catherine Lyautey, ma première question est celle du titre de votre interview : la Grande Loge Féminine de France est-elle une Loge féminine et / ou féministe ?

Catherine Lyautey :

La réponse est féminine, pas féministe. Féminine car nous sommes une association de femmes. Féministe effectivement, automatiquement car nous avons ce regard féministe sur les sujets de société ou ce qui se déroule dans la cité.

WomenToday :

Les Français ont souvent porté un grand intérêt à la franc-maçonnerie car elle accueille dans ses loges une pléiade d’hommes politiques et d’artistes et quelques femmes. Ainsi ma première question de néophyte est comment la franc-maçonnerie féminine est-elle née ?

Catherine Lyautey :

Quand la franc-maçonnerie, en général s’est réalisée, les constitutions d’Anderson prévoyaient déjà fondamentalement que les esclaves, les femmes, les fous, les athées stupides ne pouvaient être admis en franc-maçonnerie. Vous comprenez ainsi que nous partions de très très loin. Mais ce n’est pas cela qui arrête les femmes.

Trente ans plus tard, elles réussissent à, un peu, s’imposer dans certaines loges mais uniquement quand les travaux étaient terminés. En 1777 apparaît la vraie maçonnerie d’adoption ou manuel des franches-maçonnes. Certains devoirs pour les maçonnes sont bien précisés : « Obéir, travailler, se taire ».

En 1882, à force d’opiniâtreté et de de détermination, création de la première obédience mixte « Le droit humain ». Le tournant de l’histoire de la maçonnerie féminine se déroule en 1901 car certains de nos frères pensent qu’il n’est pas normal que les femmes ne puissent pas être initiées. Ainsi des frères de La Grande Loge de France initient huit femmes, ce qui leur posera des problèmes au niveau de leur obédience, et nous devenons ce que nous appelons « l’os d’adoption ». Cela signifie la possibilité de travailler entre femmes mais sous l’autorité, la tutelle de nos frères. Malgré cette emprise, ces femmes travaillent sur tous les combats de l’époque tels que la participation à la vie publique, l’extension du droit de vote aux femmes, l’union libre, la protection de la mère et de l’enfant… Bref tous les sujets de sociétés émergeants du début de ce siècle.

Après 1914, les femmes ont pris, bien entendu, une autre place et pouvaient être considérées à l’égal de l’homme. Evidemment on sait très bien que les hommes restent, toujours, timorés face à ce phénomène. En 1938, les sœurs votent l’autonomie des loges féminines seulement tout est malheureusement stoppé par le second conflit mondial où des maçons et des maçonnes ont été déportés. Dès 1944, les femmes mettent en place un comité de reconstruction pour créer des loges féminines et le 21 octobre 1945, l’Union Féminine Maçonnique de France est créée et son nom changera le 22 septembre 1952 en Grande Loge Féminine de France.

WomenToday :

« Une Franc maçonne est une femme ordinaire avec, une exigence en plus. » voilà comment Gisèle Faivre, ancienne Grande Maîtresse, définit la maçonne.

Que signifie cette exigence et quels sont les devoirs et responsabilités d’une femme quand elle entre en Franc-maçonnerie ?

Catherine Lyautey :

Selon nos principes maçonniques, il faut défendre nos idéaux, travailler sur son propre perfectionnement et sur celui de l’humanité en général. Il faut ainsi que nous, franc-maçonnes, transmettions les outils et les valeurs reçus de nos aînés pour éclairer la cité et pour construire une société plus fraternelle et plus juste.

Vous connaissez les valeurs de la franc-maçonnerie qui sont liberté, égalité, fraternité auxquelles je veux toujours rajouter laïcité car la laïcité pour les femmes est quelque chose de fondamental. Et puis bien entendu d’autres éléments tels que la droiture, l’exemplarité et la justice.

WomenToday :

Pourquoi et comment devient-on franc-maçonne ?

Catherine Lyautey :

Je pense qu’à un moment de sa vie on se pose des questions sur le sens que l’on veut donner à sa vie. A un moment, quelconque, on est dans une quête et on se demande « où je vais, qu’est-ce que je fais sur cette terre ». Donner du sens à notre vie.

Pour devenir franc-maçonne, souvent l’une des principales portes d’entrée est la rencontre d’une amie, d’une collègue, d’une relation à qui l’on confie ce questionnement et qui vous révèle, qu’il est ou elle est franc-maçon ou franc-maçonne et qui vous guide. Ou alors vous êtes dans cette démarche, vous consultez notre Loge par internet et ainsi vous découvrez que nous organisons des conférences publiques auxquelles vous pouvez bien évidemment assister et nous rencontrer.

WomenToday :

Pouvez-vous brosser le « portrait type » d’une franc-maçonne ?

Catherine Lyautey :

Non. Je crois que l’on ne peut absolument pas brosser un portrait type. La seule chose qui est pour moi une évidence, c’est que chaque femme qui est dans cette quête cherche à trouver quelle est sa place dans l’univers, dans notre monde et qui ne craint pas de se remettre en question peut devenir maçonne.

Bien évidemment nous la préviendront qu’elle n’est pas là pour qu’on lui apporte des réponses mais c’est à elle de trouver ses réponses, sa vérité. Et pour être accueillie chez nous, il faut bien entendu être en accord avec nos principes : ne pas tenir de propos malveillants ou appartenir à un groupe qui a recours à la haine, au racisme ou à la discrimination.

WomenToday :

Pour quelles raisons la franc-maçonnerie féminine n’est-elle pas vraiment connue ?

Catherine Lyautey :

La franc-maçonnerie féminine n’est ni fermée, ni secrète. Et comme tous les franc-maçons nous sommes discrètes. C’est peut-être une cause de cette non-visibilité. Néanmoins, il ne faut pas oublier que les préjugés antimaçonniques perdurent et c’est encore parfois un peu compliqué de se dévoiler, de se révéler. Mais bien évidemment quand nos principes sont attaqués ou bafoués, comme ce fut le cas lors des attentats de Charlie Hebdo, nous réagissons, nous descendons dans la rue es-qualités avec nos banderoles.

Nous réagissons aussi beaucoup par voie de communiqués de presse qui ne sont pas repris dans les médias. Et là je pourrais vous demander à vous, homme de média, pourquoi ? Pourtant nous organisons beaucoup de conférences publiques, de nombreux colloques afin d’expliquer qui nous sommes et ce que nous faisons.

WomenToday :

La non-mixité est -elle nécessaire pour vos travaux ? Ne vous privez-vous pas d’un « éclairage » complémentaire ?

Catherine Lyautey :

Avant tout il faut que les choses soient très claires. Entrer en Grande Loge Féminine de France veut dire recevoir l’initiation parce que nous sommes un organisme initiatique et non pas une banale association. Nous recevons donc une initiation de la part d’autres femmes qui ne sont conférées qu’à des femmes. Dans le paysage maçonnique vous avez tout le champ des possibles, des obédiences strictement masculines, d’autres strictement féminines ou mixtes. Donc le choix est ouvert aux femmes de pouvoir s’orienter vers ce qu’elles choisissent.

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A.S.: